C'est un homme de la terre. C'est un homme qui aimait sa région.

Il était particulier, c'était pas le petit homme gris habituel du management.

Il aimait ce qu'il faisait, il aimait la pharmacie, il aimait le rugby, il aimait les gens.

Ces grands yeux noirs qui vous regardent et lisent tout dans votre tête.

Faut dire que c'est quand même joli la vue, hein, c'est joli. Là-bas, c'est Castres, on voit Castres.

Il amait beaucoup la Nature. Il y a peut-être l'ancrage familial, les origines, mais la terre quand même, il y a quelque chose. Mais bon, lui, il a beaucoup aimé la nature, il était très fort en botanique, voyez tous les shampoings Klorane, c'était, c'est un véritable livre de botanique. Il croyait au pouvoir de la nature, voila.

Il a pris conscience en bonne connaissance de sa généalogie qu'il était précédé par huit Fabre qui, de père en fils, s'étaient succédés en travaillant la terre, et ça, ça l'avait beaucoup frappé. Il m'avait dit "en quelque sorte, j'ai agi par attavisme".

ils étaient trois frères, donc, Roger, Jean et Pierre. Et donc le dernier a été particulièrement couvé. Très importante la maman. Elle lui a donné confiance en lui, et ça je pense qu'il a gardé toute sa vie. 
Il voulait faire l'inspection des Finances. Mon père s'est renseigné, il a dit c'est hyper compliqué, c'est bon, enfin, bon bref, il l'a un peu découragé, et il lui a dit tu devrais faire la pharmacie. Et puis bon, il l'a fait, il a fait la pharmacie, voilà, et comme dans tout ce qui faisait, il travaillait beaucoup, il était quelqu'un qui voulait réussir qui s'accrochait, A l'issue de ce diplôme, il a acheté une pharmacie.


[Chapitre 1 - L'ancrage]

Lorsqu'il achète sa pharmacie, il a pas d'héritage particulier. Il est obligé de s'endetter pour acheter sa pharmacie. Tout ça est en partie autofinancé, mais en partie aussi avec l'aide de banquiers qui lui font confiance, qui font confiance à son enthousiasme et sa ténacité.

Moi je suis parti avec des dettes. L'achat d'une officine à l'époque, où j'en ai pas bien de ce chiffre en tête, je sais que l'aide que mon père a pu m'apporter, on était trois, il faisait déjà un gros effort, devait représenter à peu près de le tiers de la valeur réelle de l'officine, et il faisait un très gros effort. 
Ah quand même, il y est resté 10 ans. Ca lui a donné l'intime conviction que la pharmacie et que le pharmacien étaient au centre de la décision.

Ah bah lui, il était vraiment un pharmacien profond, profondément ancré à la pharmacie d'officine, puisqu'il a commencé à la pharmacie d'officine de Castres, et puis là et de là il a développé sa connaissance de la phytothérapie. C'est là où il est parti sur les problèmes vasculaires, les problèmes de bien-être avec les premiers médicaments qui étaient d'origine végétale. 
Et il y a eu un raticide, Raticide22, qui a été un four. il y a eu des problèmes techniques je crois, enfin bon bref ça a pas marché.
Et puis après, il a fait des pastilles, Pectosis. Il y avait la publicité comme ça, de quelqu'un qui ouvrait ses poumons comme ça, et on voyait toute la nature. Et Pectosis ça n'a pas été une réussite non plus, non.
Et le troisième, ça a été cyclo3.

La découverte du Cyclo3 est à la conjonction d'une réflexion de Monsieur Pierre Fabre sur l'état du marché, et de ses propres connaissances scientifiques. En fait, il voyait à la pharmacie venir de nombreuses personnes qui avaient des problèmes de circulation veineuse. Et donc il a cherché tous les produits qui pouvaient améliorer la circulation veineuse. Il est tombé sur un produit qui s'appelait le cyclo3 à la teinture de marron d'Inde. Et donc il a racheté cette marque auprès d'un pharmacien parisien et il a utilisé ses connaissances scientifiques pour améliorer la formulation de ce médicament en remplaçant la teinture de marron d'inde par une extraction végétale des principes actifs contenus dans le petit houx. Donc l'innovation, c'est à la fois la connaissance du marché, mais également évidemment le fait d'apporter une formulation d'un nouveau médicament. 
Et c'est assez magique quand même d'arriver à relier les deux, parce qu'il y a le côté rêveur peut-être du botaniste, et puis il y a le côté entrepreneur de celui qui en fait un produit. 
Ce qui est assez symbolique aussi de la façon dont on travaillait Pierre Fabre, c'est que ce produit, au début, c'est lui-même qui va le vendre à ses clients, aux pharmaciens. 
Le laboratoire pendant 5 ans a vécu avec Cyclo3, et Cyclo3 était essentiellement prescrit à 80% en Alsace. Je voyagais tous les week-ends pour aller visiter les collaborateurs qui travaillaient pour nous à temps partiel et à la Commission, et il y en avait 3 ou 4, donc je leur rendait visite, j'allais à Strasbourg tous les mois.

Il avait une vision en fait par rapport au circuit de distribution qu'il connaissait bien en tant que pharmacien d'officine. Sa vision, c'était celle-là. Tout ce que ce circuit de distribution pouvait apporter, c'etait une vision très novatrice, parce que, aujourd'hui, ce circuit de distribution demeure encore de mon point de vue un des plus qualitatifs qui existent au monde.

Il était à l'étroit dans sa pharmacie, parce que très rapidement, il y a une amélioration exponentielle de l'activité, et donc il a bien compris qu'il fallait à la fois avoir plus d'espace et plus de personnes.

Il y a un fait : c'est que Monsieur Fabre s'installe comme pharmacien place Jean Jaurès en 1951, et que deux ans plus tard, en 53, éclate une grave crise textile qui touche toute la région, et même qui est générale au plan national. 
Depuis maintenant six mois, le textile est en crise. Réduction d'horaires, fermeture d'ateliers, d'usines même. 
La crise entraîne du chômage. Peu à peu, les grandes usines textiles vont disparaître, et grâce au dynamisme de Pierre Fabre, l'introduction à partir de 1961 d'une industrie pharmaceutique à Castres va commencer à compenser les pertes de l'emploi textile. 
La construction de l'entreprise a beaucoup bénéficié, en fait, de la fin du cycle de l'industrie textile, et donc Mr Fabre a pu trouver une main d'oeuvre qui était extrêmement précise, et qui était capable de s'adapter à ce qu'était la pharmacie ou la cosmétique de l'époque. Et ça représentait beaucoup pour la région de Castres au moment où ça s'est développé.
Donc il a acheté Peraudel qui était un achat déraisonnable à l'époque. Tout le monde lui disait mais pourquoi veux-tu acheter un lieu de cette taille là alors que tu es une pharmacie du centre-ville avec 10 personnes ? On ne comprenait pas bien le besoin. Et puis une autre objection, c'était de dire bon ben si le produit marche bien, on peut sous-traiter, on peut sous-traiter la production, la qualité... Dès le début, il a dit non, moi je veux contrôler la qualité et tout faire moi-même, que tout soit dans la même entreprise.

Moi, j'ai eu la chance de travailler avec Monsieur Fabre pendant 5 ans comme attachée de direction, et j'étais sur la partie justement végétale, botanique, et donc les plantes, tout de suite, j'ai senti que c'était une passion pour lui.
Dès qu'il a créé ses premiers produits, il a été soucieux de la qualité, et comme il disait, bien sûr, on peut pas avoir un produit de qualité si on n'a pas de matière première de qualité. C'est pour ça que dans le Sud-Ouest, qui est quand même un terroir très riche et climatiquement assez varié, on a pu produire les plantes, donc les cultures de calendula, de bleuets... Cette proximité du terroir, cette maîtrise de la culture des plantes, cette maîtrise de l'extraction végétale, et la maîtrise est également de la fabrication, et tout ceci dans un périmètre très court, elle atoujours existée, et aujourd'hui, elle n'a pas de prix, puisqu'aujourd'hui, c'est ça qu'on recherche. Ce côté intuition, conviction et persévérance, il allait jusqu'au bout, il était tenace, il ne lâchait rien, donc on y arrivait.


[Chapitre 2 - L'essor]

"Les laboratoires pharmaceutiques Pierre Fabre."
"Un homme, un pharmacien castrais."
"En 62 est fondé LE laboratoire Pierre Fabre, à Castres."
"Dans l'ombre, il va construire un empire. Dès le début, il implante des usines dans le Tarn, comme ici, à Soual."
"Il avait un coté pionnier et conquête de l'Ouest."
"Il s'étend et absorbe de nouvelles marques comme Klorane."
"Le groupe investi dans le marché des produits dermo-cosmétiques avec l'acquisition des laboratoires Klorane."
"Il multiplie les acquisitions de petits laboratoires dermo-cosmétiques auxquels il donne une nouvelle dimension, comme Ducray ou René Furterer."
"... vont tenter une alliance avec le numéro un mondial de la cosmétique, shiseido, qui lui ouvrir les portes du Japon."
"l'extrait naturel de camomille ravive la blondeur de l'enfance. Shampoing à la camomille Klorane."

Tout au long de sa vie, il a pris des risques. Au départ, les enjeux étaient plus mesurés puis, au fur et à mesure du développement de l'entreprise, les risques sont devenus plus significatifs. Il y en a un qui me vient à l'esprit,c'est la première grosse opération de croissance externe de l'entreprise, le rachat d'un laboratoire italien. Mais quelques mois plus tard, il s'avère que nous avons acheté une coquille vide puisque le principal produit de cette société est déremboursé. Evidemment, nous tentons de négocier avec l'ancien propriétaire, qui était resté actionnaire minoritaire, un dédommagement. Pierre Fabre m'envoie à Milan. J'essaie de négocier au mieux, mais je fais chou blanc. Je rentre le lendemain matin à Castres et j'explique à Monsieur Fabre que l'intéressé considère qu'il n'a aucune responsabilité dans l'affaire et que, en conséquence, il refuse de nous dédommager. Et là, j'ai une réaction absolument inattendue de Pierre Fabre qui me regarde et qui me dit : "Ecoutez mon cher, on s'est fait avoir par un margoulin. On a autre chose à faire de beaucoup plus important. J'ai des dossiers là qui me passionnent, et on va se remettre au travail. C'est une capacité, en tout cas c'est ce qui m'a le plus marqué, une capacité incroyable à tourner la page après un échec, et à rebondir et se projeter toujours vers l'avenir.

Je crois qu'il n'était jamais plus satisfait que lorsqu'il pouvait créer une nouvelle unité dans sa ville, ou à proximité de l'endroit où il est né, où valoriser son territoire, d'une façon ou d'une autre, par exemple à travers notre équipe de rugby.

J'ai eu le privilège et l'honneur d'être capitaine d'un club comme le Castres Olympique. C'est une chose qui est forte.

"Un exploit de Rory Kockott, juste avant la mi-temp, qui va planter un essai entre les 2 !"
"Je dis merci à Pierre Fabre, qui tient le club à nout de bras !"

Mais doit-on parler du Castres Olympique ou bien du Fabre Olympique ?  Difficile en effet de dissocier le club des bleus et blancs des laboratoires pharmaceutiques. Leur apport en tout cas a été considérable dans la relance du CO. 
Les valeurs de rugby sont l'humilité, le travail, et l'esprit d'équipe. Si vous avez pas ces valeurs là, vous pouvez pas être un rugbyman.

Monsieur Pierre Fabre aimait le rugby oui, et je crois que Monsieur Fabre s'y retrouvait dans les hommes, dans l'humilité, le travail, ce qui le caractérisait, c'etait une de ses forces. Le grand patron, c'était Pierre Fabre, c'était lui. 
La ville est connue en grande partie à cause de son club, et tout cela fortifie le potentiel de la ville, la connaissance de la ville. Il crée un brassage entre tous les milieux, un esprit d'unité, ça participe considérablement à l'état d'esprit des uns et des autres dans leur vie.

Les racines chez Pierre Fabre sont charnelles. les racines chez lui, c'est une sécurité. Etre de quelque part, savoir d'où l'on vient, tout cela résume la philosophie de Pierre Fabre. 
Pour lui, l'économie devait être au service de l'homme. Ca, je l'ai entendu souvent dire cela, et la dérive qu'on enregistrait vers un capitalisme de plus en plus financier le déroutait complètement, et je l'ai à ce propos entendu prononcer des phrases très dures contre cette dérive. Et je pense que son engagement, cette façon de voir l'économie et de la concevoir est inséparable de sa foi et de son adhésion à la doctrine sociale de l'Église.

Il a adopté une famille entière. Une famille entière, c'est-à-dire que ça a du sens. C'était adopter une famille qui était dans la détresse, qui était dans des camps, qu'il a fait sortir des camps, qui ont traversé le Mékong à la nage, il les a tous élevés comme un père.
Les cargo, les pétroliers, tous les navires de commerce ont pour consigne de ne pas répondre aux appels de détresse de vietnamiens.

Je remémore des moments et je me suis rendu compte que j'avais beaucoup de chance d'avoir vécu auprès de lui pendant 15 ans. C'était un grand humaniste vous savez. Il a accueilli une fratrie de sept frères et soeurs, d'une famille vietnamienne née au Laos. C'était un grand humaniste.

Il a changé ma vie complètement. Il nous a donné son affection, parce que nous sommes partis sans mes parents et et lui ça remplaçait ce milieu familial dont nous avions besoin parce qu'on était jeune et c'etait un protecteur.

C'était vraiment comme mon père quoi parce que ça a été vraiment des contacts très très simples et je pense vraiment honnête entre tous les deux, quoi.
Monsieur Fabre n'avait pas d'horaire, puisque Monsieur Fabre était quelqu'un qui vivait pour l'entreprise, donc c'était du 24 heures sur 24. De temps en temps, il me disait allez, là on part en week-end, et le lendemain matin à 8h il vous appelait. C'etait quelqu'un de très simple. D'ailleurs, Mr Fabre etait toujours à côté de moi, ce qui est très très rare dans ces métiers là. D'habitude, les patrons sont toujours derrière et tout, et Monsieur Fabre était toujours à côté du chauffeur. On parlait de tout sauf du travail. C'était un moment pour lui de décompression.
Son plaisir, c'était de voir les gens heureux au travail. 
Il a essayé d'aider tous les collaborateurs qu'il savait malades. Toutes les semaines, il y avait des cas qui lui etaient rapportés de quelqu'un qui était malade dans l'entreprise ou qui avait un proche qui était malade, et Pierre Fabre faisait tout ce qu'il pouvait pour donner à cette personne le meilleur traitement.

Le vendredi soir, il y avait un docteur dans le groupe qui lui remettait une enveloppe, par mon intermédiaire. Et dans cette enveloppe, il y avait tous les gens qui avaient des problèmes de santé dans le groupe, avec les noms et tout. Tt la Mr Fabre rapellait ce monsieur, et lui disait voilà, lundi, vous allez vous occuper de telle personne, on va prendre contact avec tel professeur, et il faisait un suivi des gens qui avaient des problèmes de santé dans le groupe. Quel est le patron qui, au jour d'aujourd'hui ou même à l'époque de monsieur Fabre, se préoccupait de la personne qui avait un cancer qui etait à la chaine à Soual ? Il devait pas y en avoir beaucoup. Monsieur Fabre s'en occupait.

Le triptyque qu'il a inventé, santé / beauté / nature, c'est une vision qui a 50 ans d'avance. Les gens ne s'en rendent pas toujours compte mais cet homme a senti les choses 50 ans avant tout le monde.


Le mémoire de fin d'études de Monsieur Pierre Fabre est un mémoire sur les propriétés des eaux thermales, et en réalité, en fait, si on voulait résumer la situation de monsieur Pierre Fabre, c'est un entrepreneur qui a toujours cherché une source, qui a toujours cherché une source, évidemment au plus proche dans la chaîne des Pyrénées.

Quand lui, avec sa famille, va Avène et on leur dit qu'au XIXe siècle, il y avait des médecins qui ont envoyé des patients là-bas, pour être en contact avec l'eau, si les médecins renvoyaient des patients tous les ans, c'était bien qu'il y avait quelque chose qui se passait. Et lui, quand il rachète, il se dit, on va essayer de comprendre pourquoi.

La deuxième étape, c'est quand il a compris pharmacologiquement comment ça fonctionnait, et il a décidé de bâtir un centre à Avène, au fin fonds de l'Hérault, pour accueillir des patients pour qu'ils aient accès à cette source, et aussi pour l'exporter partout dans le monde à travers l'unité de production qu'il fabrique là-bas.

Je pense que développer une entreprise très internationalement, c'est bien d'avoir des racines profondes du terroir. Je crois que lorsqu'on a des racines profondes, on est plus à l'aise pour aborder le grand large et la grande tourmente qu'est la mondialisation d'aujourd'hui.

Quand il venait à Avène, je l'accompagnais donc quand il faisait le tour de la station thermale, et nous croisions des enfants qui souffraient d'eczéma, et vous savez que l'eczéma est une dermatose qui peut être assez affichente, assez visible. Et Monsieur Fabre systématiquement me disait, il faut que nous travaillons, il faut que nous trouvions encore les moyens d'aider ces gens, ces enfants qui souffrent d'eczéma. Il y avait vraiment chez lui cette volonté d'apporter des réponses à des situations qui n'avaient pas, à ce jour, de traitement radical.
Les dermatologues connaissaient le besoin de dermocosmétiques. Il fallait leur apporter des études qui leur montrent que vraiment, les produits qu'on leur proposait étaient des produits qui correspondaient à ces besoins. Et la deuxième chose, c'était de casser un peu les codes, de faire bouger les lignes comme on dit, et donc amener à écrire sur une ordonnance quelque chose qui était un mix, un mélange entre des médicaments et des dermocosmétiques. C'était un peu une révolution des mentalités.

C'était un pari. On ne savait pas comment le médecin pouvait réagir. il a très bien réagi parce que ces produits, il les a vu comme des produits complémentaires de sa prescription médicale.

Monsieur etait vraiment quelqu'un qui aimait les produits. Il aimait vraiment, véritablement les produits. C'est à dire que quand on lui faisait la démonstration d'un nouveau produit qui était réalisé, il prenait l'emballage, il ouvrait l'emballage, il prenait le produit, si c'etait un tube il ouvrait le bouchon, il le manipuler, il le testait, bon, il y avait un rapport charnel, un rapport sensuel, ça peut peut-être surprendre qu'on le dise, mais je crois qu'on peut le dire de Monsieur Pierre Fabre à ses produits.


"Une recherche fondamentale conduite par des universités, une mise au point du médicament, la navelbine, réalisée par les Laboratoires Pierre Fabre."


[Chapitre 3 - L'affirmation]

Alors qu'il avait réussi dans la dermato-cosmeto, qu'il avait commencé un petit peu dans une médecine pharmacie de confort qui essaye le Cyclo3, il a eu envie d'attacher l'oeuvre de sa vie à une réalisation éthique majeure, la mise au point de médicaments du cancer à ambition mondiale. Ca a été la Navelbine qui finalement est extrait de la pervenche de Madagascar.

Ce produit vient d'être reconnu par la FDA, Food & Drug Administration, aux États-Unis. C'est également le premier médicament français enregistré depuis 20 ans dans ce pays. 
La navelbine, c'est une invention d'un chimiste pharmacien qui est le professeur Pierre Potier. Pierre Potier vit un drame absolument épouvantable, puisque son épouse, la mère de ses enfants, a été emporté par un cancer à l'âge de 35 ans. Il voit combien les médecins sont assez démunis pour traiter ces pathologies extrêmement lourdes, et à la suite de la perte de son épouse, il a décidé de consacrer son temps de recherche à la quête de substances naturelles actives et à la mise au point de médicaments.
L'entreprise Pierre Fabre était connue pour l'usage de ces substances naturelles issues de différentes espèces. Cet intérêt pour la botanique est le fondement de leur travaux, et qui les a conduits je pense à se rencontrer nécessairement ou fatalement.

Potier va inventer, dans un laboratoire avec quelques éprouvettes, le produit. Il l'avait testé sur des souris, mais par contre pour une fabrication avec une ambition de marché international qui aille de la Chine à l'Amérique du Sud à l'Amérique du Nord, il fallait une usine de fabrication.

Pierre Fabre était quasiment le seul entrepreneur à revendiquer de façon industrielle les bienfaits que pouvaient apporter la botanique. 
Et à l'époque où vous aviez des domaines comme la cardiologie, la pneumologie qui faisaient beaucoup de copies de molécules qui existaient déjà, en cancérologie on était complètement démunis. C'était pas le premier mais il y avait quelques rares, et ce médicament a apporté une dimension originale dans ce qu'on appelle le spectre des médicaments qui ont été mis à disposition. 
Ce que je crois c'est que il y a eu cette rencontre avec Pierre Potier, ça c'est très sûr, il en parlait avec beaucoup d'émotions de Monsieur Potier. Il y a eu cette rencontre. On réunissait toutes les aspirations de Pierre Fabre et avec des résultats incroyables. Aujourd'hui encore, c'est un produit qui est toujours commercialisé par l'entreprise, qui est sa troisième référence par ordre de chiffre d'affaires, donc c'est toujours très important pour nous, et c'est un produit qui pour autant a été lancé dans les années 90.

Il voyait loin, voyez loin, bien plus loin que ce que nous on peut imaginer. Il était si vous voulez dans l'inventivité permanente. 
Le travail avec lui ne pouvait se définir que dans l'exigence, et il y avait une ligne de conduite qu'il appelait l'esprit de conquête, c'est-à-dire, ne restait jamais sur ses acquis mais profitait de ses acquis pour les développer et en faire des grands projets.

Je dirais que nous nous sommes respectés l'un et l'autre, et je pense que si nous nous apprécions, c'est parce que finalement on était capable de se disputer, et je crois que c'était la qualité qu'aimait le grand patron Pierre Fabre, c'est-à-dire que les gens un peu lui résistent, qu'ils arrivent à le convaincre. Et ça je crois que c'était une grande qualité de cet homme extraordinaire.

C'était un patron exigeant, très exigeant, il est exigeant avec lui même comme il était avec nous. Quand j'ai rencontré Monsieur Fabre, au bout de quelques jours, il me pose une question, et je lui dis "je pense que", et il me dit "je vous demande pas de penser mais de savoir, ici c'est moi qui pense". Cette phrase, je m'en souviendrai toujours. Et donc, pendant quatre ans, j'ai essayé d'aller à la rencontre des collaborateurs de la dermo-cosmétique pour synthétiser autant que possible avec l'information clé. Et c'est comme ça que moi j'ai travaillé, jusqu'au jour où il m'a posé la question "vous en pensez quoi", et là, j'étais un peu déboussolée parce que depuis 4 ans j'étais plutôt dans l'exercice de la synthèse. Et puis très vite, de ce moment là, j'ai compris que j'étais en train de finir ma période d'attachée de direction, et qu'il allait me proposer un poste.

Un des grands plaisir à ce niveau-là, d'être chef d'entreprise, c'est de suivre l'évolution de certains. Bon, d'une part, ca vous apporte une satisfaction personnelle, tu as bien fait, il est bien placé, il fait ce qu'il fallait faire. Mais on voit des gens à qui on fait confiance et qui font des réussites exceptionnelles. Et là, le plaisir est tout autre, et moi j'ai eu des exemples frappants et émouvants.


[Chapitre 4 - L'aboutissement]

Le projet de l'Oncopole est un projet qui est arrivé tard dans sa vie, mais qui est arrivé par on va dire un drame, et que jamais il n'a voulu laisser un drame prendre le dessus sur le reste de ses activités.

"Explosion d'une violence inouie à Toulouse dans une usine chimique. Toute la ville est traumatisée. Le bilan ce soir est de 18 morts, 348 blessés."

La catastrophe d'AZF a été extrêmement lourde. Il y a ces 30 morts, il y a ces 6500 blessés, il y a ces femmes et ces hommes médecins, chirurgiens, infirmiers, qui travaillent pendant quatre jours et quatre nuits en permanence. Il y a cette ambiance, quand même, on peut dire, de catastrophe.
Passée cette sidération, au bout de deux mois, trois mois, je dis à Pierre, je voudrais faire un lieu où, quelque part, nous puissions espérer demain.
Donc c'est bien la conjonction de la réflexion des deux hommes, Monsieur Pierre Fabre et Philippe Douste Blazy, qui a été à l'origine de la construction de cet Oncopole de Toulouse.

Et pourquoi ne pas faire un grand centre de lutte contre le cancer, à condition que la recherche vienne, mais pas que la recherche publique, la recherche privée aussi. 
Le poids de Pierre Fabre dans la région, le poids de Pierre Fabre en France, le poids de Pierre Fabre à Toulouse est extrêmement important. Je pense que ce projet, l'Oncopole de Toulouse, représentait une manière d'expliquer aussi aux Parisiens que à Toulouse, nous pouvions faire, dans la région Occitanie, on pouvait faire un lieu d'excellence, national et international.

Le bâtiment lui-même devait représenter ce qu'il imaginait pour le futur. Une idée de ce qu'était l'innovation pour lui. Quelque chose de jamais vu, quelque chose de grandiose, et quelque chose qui pouvait donner envie à tous ceux qui travaillent avec lui, ben, de continuer de poursuivre et de développer ses activités.

Le centre de Toulouse va nous faire connaître quand même, mondialement, comme des spécialistes. Entreprise très souple, très passionnée, très vivante, des leaders d'opinion de qualité. Je ne vois pas comment nous ne pourrions pas réussir au bout du chemin.

C'était un homme qui était profondément attachée à soigner, à guérir, et je pense que toute son action humanitaire montre à quel point lui tenait à cœur de soulager la souffrance humaine.

La fondation, c'est deux rendez-vous. Le premier rendez-vous de Pierre Fabre avec la misère et la corruption dans certains pays africains. Il découvre qu'un vaccin qui est vendu dans la rue est constitué d'eau distillée, parce qu'il le fait examiner à son retour à Castres. Et là, il y a eu chez lui vous voyez une vraie prise de conscience, je crois, une volonté de la nécessité d'essayer de changer le cours des choses, à la mesure de ses moyens, d'où la création de la Fondation Pierre Fabre, destinée à améliorer la qualité des soins et du bon médicament dans les pays les moins favorisés. Et puis ensuite, cette fondation est devenue le véhicule pour lui pour transmettre son entreprise.

La transmission de son entreprise était son angoisse. C'était l'angoisse pour les salariés, les implantations du groupe, la vie d'une entreprise familiale en quelque sorte, et un point très important qui est que monsieur Pierre Fabre a fait évoluer la législation sur au moins un point, la participation des fondations au capital des entreprises. C'est la loi Dutreil, qui a été promulguée sous l'influence de Monsieur Pierre Fabre, c'est-à-dire le fait qu'une entreprise reconnue d'utilité publique puisse prendre une part du capital social d'une entreprise commerciale. C'est qu'avec la Fondation comme actionnaire majoritaire, ultra-majoritaire, vous protégez l'innovation, vous protégez les salariés, vous protégez le projet d'entreprise. 
C'est un cas unique, cas unique de générosité.

la Fondation permet de prolonger l'histoire de Pierre Fabre. C'est le socle de l'indépendance capitalistique mais c'est aussi la prolongation de son esprit de partage et de sa volonté de tenter, à la mesure de ses moyens, d'aider les plus défavorisés sur la planète.

Il manque au paysage maintenant. Les bâtisseurs vous savez, c'est une race qui est chaleureuse, qui est sympathique, parce qu'ils aiment, ils aiment ce qu'ils font, ils ont marqué leur époque.

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