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L’immuno-oncologie : nouvelle star de la cancérologie

23 mai 2016

 

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Créé en 1990, le Centre d’Immunologie Pierre Fabre a fait de l’immunothérapie des cancers sa spécialité. Au cœur de ses projets de recherche, l’identification d’anticorps monoclonaux à visée thérapeutique. Plusieurs molécules sont déjà testées dans le cadre d’essais cliniques, l’objectif étant de trouver la bonne recette d’anticorps pour chaque cancer.

Aux côtés de la chirurgie, de la radiothérapie, des chimiothérapies et des thérapies ciblées basées sur les inhibiteurs de kinase, l’immuno-oncologie est désormais la 5ème voie du traitement des cancers. Cette nouvelle génération de traitement repose notamment sur les anticorps monoclonaux, ces molécules naturellement produites par notre système immunitaire pour lutter contre les molécules identifiées comme étrangères par l’organisme.

À Saint-Julien-en-Genevois, à proximité de la frontière suisse, les 120 collaborateurs du Centre d’Immunologie Pierre Fabre ont pris le « virage anticorps » au début des années 2000. « Alors que les molécules de chimiothérapie touchent sans discernement les cellules cancéreuses ou non cancéreuses, nous cherchons à développer de nouveaux anticorps qui vont reconnaître spécifiquement les cellules tumorales, en empêcher la croissance tout en limitant les effets secondaires », explique la directrice du centre, Nathalie Corvaïa. Pour être sélectionnés, les anticorps doivent répondre à de nombreux critères, en particulier de stabilité et de sécurité pour le patient. « Les anticorps sont des protéines produites par des cellules standardisées et il est nécessaire de s’assurer que leur « carte d’identité » reste toujours la même lorsqu’on les produit à l’échelle industrielle, et ce quelle que soit la quantité produite. » 

Une aventure humaine 

Le centre de recherche s’est donc doté d’une Unité de Bioproduction des Anticorps (UBA). De la recherche à la production de lots pour les essais cliniques, les anticorps sont découverts, développés, produits, suivis et améliorés sur un seul et même endroit. Cette unité de lieu présente l’énorme avantage de favoriser la communication entre les équipes. « Les chercheurs et les développeurs se côtoient en réunion pour partager et échanger des éléments techniques, mais leurs discussions se poursuivent généralement autour d’un café ou d’un déjeuner. Ils comprennent alors mieux leurs objectifs et leurs difficultés réciproques », souligne la directrice du centre. Cette convivialité soude les équipes autour d’un projet commun. Lorsqu’en 2012, Nathalie Corvaïa reçoit le Trophée des Femmes de l’Industrie, catégorie R&D, attribué par le magazine Usine Nouvelle, elle est accueillie par les applaudissements de tous. « Ce sont des moments qui transcendent. Ce lien remet l’humain au centre de notre travail et le transforme en une véritable aventure humaine. »

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Trouver les bonnes associations

L’avènement des anticorps a ouvert un champ entier de recherche sur leurs dérivés. « Par exemple, les immuno-conjugués sont des anticorps sur lesquels on couple une molécule toxique pour la cellule cancéreuse. L’anticorps amène la molécule jusqu’à la cible et celle-ci va attaquer la tumeur encore plus efficacement ». Les stars de la cancérologie depuis trois ans, ce sont désormais les immuno-modulateurs. « Ces anticorps vont aider le système immunitaire des patients à « se débloquer » et à lutter contre la tumeur. L’un d’eux s’est récemment révélé très efficace contre le mélanome métastasique, un cancer pour lequel il était jusqu’ici très difficile de survivre. » Au Centre d’Immunologie Pierre Fabre, on tente de trouver la bonne recette d’anticorps pour chaque cancer. « Nos recherches actuelles consistent d’une part à associer plusieurs immuno-modulateurs entre eux, d’autre part à combiner des immuno-conjugués et des immuno-modulateurs, pour augmenter encore l’efficacité des molécules. »

Les essais cliniques sur des molécules développées au centre de recherche savoyard se multiplient, mais sa directrice reste prudente, car amener une molécule de la recherche précoce à la mise sur le marché est un parcours du combattant. « Le voir une fois dans sa carrière est une chance… et c’est mon objectif. Un jour, on pourra dire que bien sûr nous avons fait des recherches, bien sûr nous avons produit des molécules, mais nous avons surtout porté un anticorps jusqu’au bout de son développement pour soigner des patients. J’espère vraiment vivre ce moment. »